Septembre 1004.

De nombreuses personnes sillonnaient nuit et jour le Château de Pradvael : cuisiniers, servantes, nourrices, mais aussi nobles et chevaliers, et rares étaient les instants où la Princesse Liutgarde pouvait être seule avec ses parents. Tout juste pouvait elle jouer avec sa sœur, Ermentrude, ou observer sa mère tisser des tapisseries.

1

Mais aujourd'hui, son père était rentré plus tôt de la chasse et avait décidé de déjeuner avec elles. Liutgarde aurait dû se douter qu'il avait un intérêt à être là. Son père avait si rarement du temps à lui accorder que sa présence ce matin n'était pas le fruit du hasard.

2

« Je crois qu'il est temps de lui en parler. »

Sa mère ne semblait pas tout à fait d'accord. Liutgarde, elle, avait terriblement envie de savoir de quoi il retournait. Elle avait l'impression que c'était quelque chose qui la concernait. Et c'était certainement quelque chose qui la rendait importante pour que son père se trouve à la même table qu'elle.

3

« Nous avons encore du temps devant nous, Richard. La pauvre petite n'a que six ans, elle n'a pas besoin de connaître tous ces détails. »

« J'ai presque sept ans ! » s'écria-t-elle en essayant de se grandir sur sa chaise. « C'est à propos de mon mariage ? Mais maman, je sais déjà que je vais épouser Thietmar ! »

« Vous voyez ! Elle sait déjà qui sera son mari, il est temps de lui en dire plus sur son probable avenir. »

4

« Vous pensez donc comme le peuple ! Que je suis incapable de vous fournir la seule chose qui ferait le bonheur de ce royaume ! »

Liutgarde connaissait cette voix. C'était celle que prenait sa mère avant de pleurer et que l'on envoie une servante la coucher pour l'après-midi. Elle ne voulait pas que sa mère parte maintenant. Elle voulait garder ses deux parents pour elle encore quelques instants.

« Maman, le peuple raconte n'importe quoi ! » dit elle sans savoir de quoi il était question.

5

« Ma fille, sachez que dans le peuple réside une grande sagesse. Ne l'oubliez jamais ! Et notre devoir est de le servir et de le guider comme Christ le fit avec l'humanité. Votre père, le Roi, tient son pouvoir de Dieu pour protéger le peuple de cette île. »

« Alix, laissez-moi lui parler. » dit son père.

Liutgarde baissa les yeux. Elle ne voulait pas que son père se fâche contre elle. Elle aurait dû écouter davantage son professeur de maintien et ne pas parler à tort et à travers.

6

« Vous et votre sœur Ermentrude êtes mes deux seuls enfants. Je voudrais que vous sachiez que, si notre Seigneur ne souhaitait pas nous donner d'héritier mâle pour gouverner le royaume, vous pourriez un jour devenir Reine de Pradvael. J'aimerai que vous portiez davantage d'attentions à vos cours de maintien ainsi qu'à l'étude de la Bible auprès du Père Giovanni. Vous suivrez également des leçons de diplomatie auprès de Dwyai pour apprendre la politique et l'art de gouverner un peuple, dans le cas où vous devriez prendre ma suite sur le trône. »

7

« Je sais que tout cela vous paraîtra difficile. » ajouta sa mère. « J'ai moi-même beaucoup de mal à comprendre ces choses. Et n'oubliez pas qu'il est possible qu'un petit frère vous soit donné un beau jour. Mais en attendant vous êtes notre héritière présomptive, et ... »

8

« Et si je n'y arrive pas ? Père, pourrez-vous m'aider ? »

« Bien entendu, mon ange. Dès que j'aurais un peu de temps, je viendrais voir comment avancent vos leçons avec Dwyai. »

« Richard, pensez-vous qu'il soit bien avisé de confier à Dwyai l'éducation d'un enfant alors que son épouse est morte en couches cette année ? »

« Dwyai traverse une période difficile, mais il a besoin de compagnie, et je suis sûre que notre petite princesse nous fera honneur. »

9

« Oh, oui, père ! Je serais la plus attentive du monde, vous verrez ! Et j'apprendrais tout comme il faut. »

« Vous voyez, Alix, je vous avais dit qu'elle était prête. »

Liutgarde aimait trop sa mère pour pouvoir espérer qu'elle ne donne pas naissance un jour à un fils. Mais tant qu'elle était première dans l'ordre de succession, elle avait la garantie de pouvoir passer davantage de temps avec son père et elle avait la ferme intention de le rendre fier d'elle. Elle ferait n'importe quoi pour plus de temps avec ses parents.

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