Février 1006.

Les chants des moines résonnaient à travers tout le château. Richard aurait voulu qu'ils s'arrêtent. Leur son était enivrant. Il avait l'impression d'être dans un rêve. Mais s'il rêvait, alors tout cela n'était pas arrivé. Et il ne pouvait plus espérer. L'espoir était douloureux.

1

Pourtant, s'ils s'étaient arrêtés, il les aurait fait exécuter un à un. Le Père Giovanni avait été informé : les moines chanteraient jusqu'à ce que son cœur soit apaisé.

« Richard, je ... »

« Comment se portent-ils ? »

« Le prince et la princesse sont en parfaite santé, grâce à Dieu. »

2

« Et le royaume a enfin un héritier. »

« Mais j'ai pour cela perdu une reine. » répliqua le Roi avant que le Duc n'ait le temps de parler.

Le Comte était resté silencieux, assis avec lui, depuis presque une heure. Son calme était insupportable. Il semblait se contenter de cet héritier, un petit enfant chétif né avant terme, et avec une sœur jumelle. Personne ne savait s'ils survivraient à leur première nuit.

3

« Et elle a rejoint notre Seigneur en servant le royaume. Elle a accomplit son devoir de reine et ... »

« N'avez-vous donc aucun respect pour la peine de notre Roi ? La Reine Alix était une femme telle que nous n'en verrons plus en ce royaume pendant des décennies ! C'est grâce à sa clémence que vous devez votre survie ! »

« Et mon servage. » répliqua le Comte.

4

« Un mot de plus, langue de serpent, et je vous fait enfermer aux cachots. Comment réagiriez-vous s'il s'agissait de votre propre femme ? »

« Ma femme est malheureusement bien trop vigoureuse pour risquer de mourir si tôt. »

5

Richard n'en pouvait plus. Le chant incessant des moines et les disputes des deux hommes se mêlaient dans sa tête. Il allait devenir fou s'ils ne cessaient de parler avec si peu de cas de sa chère Alix.

6

« ASSEZ ! » cria-t-il.

Les moines eux-même marquèrent une petite pause, pensant qu'il s'adressait à eux, mais reprirent vite leur chant sous les menaces du Père Giovanni.

« Sortez ! Tous les deux ! Hugues, attendez-moi dans la salle du trône. Foulques, vous pouvez quitter ce château, et n'y revenez pas sans mon invitation si vous tenez à la vie. »


Les deux hommes quittèrent la pièce sans un mot. Richard était maintenant seul entouré des chants qui s'élevaient au ciel pour sa chère femme.

7

Alix avait toujours été fragile, mais il n'avait jamais imaginé qu'elle puisse disparaître si soudainement. Elle avait toujours été à ses côtés lorsqu'il avait des décisions difficiles à prendre. Elle avait toujours souhaité lui donner un héritier et était partie après avoir accompli vaillamment son devoir. Il ferait chanter en son honneur pendant une semaine à Saint-Gildas. Elle aurait droit aux plus belles funérailles que l'on ait jamais vu sur cette île. La première et la plus belle des Reines de Pradvael s'était éteinte, et il était maintenant seul.


« Seigneur, aidez-moi ! Dites-moi ce que je dois faire ! » s'écria-t-il en pleurant.

< Madelgarde rassasie sa curiosité

Richard fait ses adieux à sa Reine >