Février 1010.

1

Helvisa était seule dans la maison du capitaine de la garde. Elle inspecta le fauteuil sur lequel elle était assise. Un meuble richement décoré qui, tout comme les colonnes d'or et de vermeil et les tapisseries tissées par la Reine Alix, n'aurait pas dû se trouver dans la maison d'un simple soldat. Seulement, cet ancien pavillon de chasse avait été un jour celui du Roi et ce dernier l'avait offert à son capitaine de la garde pour son mariage. Un cadeau fort généreux, songea Helvisa.

2

Elad et Collwen déboulèrent à l'intérieur, laissant entrer l'air glacé de l'hiver dans la maison.

« Quelles sont les nouvelles ? »

« Sa Grâce est partie avec papa chez le maréchal-ferrant. Vous pourrez repartir dans une heure. » répondit Elad. « En attendant, Collwen doit vous faire la conversation. »

« Pas besoin de le préciser, Elad. » soupira sa sœur. « J'allais pas laisser Dame Helvisa patienter toute seule dans la maison. »

3

« J'espère que vous n'avez pas trop froid. » dit-elle après s'être assise. « Le feu vient de s'éteindre, mais il a chauffé toute la matinée. Mais si vous avez froid, je peux demander à mon frère d'aller chercher du bois pour en refaire un. »

« Non, ce ne sera pas la peine, merci beaucoup. Et merci de m'accueillir chez vous pendant que mon père fait ferrer mon cheval. »

Helvisa pouvait voir que la fille du capitaine était intimidée de parler à la fille d'un Duc. Pourtant, sa mère lui répétait sans cesse que c'était la grandeur d'une Dame que d'être aimable avec chacun, même lorsqu'ils n'étaient pas de haute naissance.

4

« Quelle idée aussi de perdre un fer ! Cette pauvre vieille jument n'aurait même pas dû sortir avec ce temps. Mais père voulait annoncer au Roi la naissance de ma petite sœur et il tenait absolument à ce que je l'accompagne. »

« Alors vous avez vu les princesses ? » demanda Collwen, les yeux scintillant.

« Bien sûr. Nous nous connaissons bien. Elles ont habité à Kervignag pendant un an à l'époque de la régence. »

Et voilà, elle recommençait. Sa mère avait pourtant insisté sur la modestie dans ses leçons, mais il avait fallu qu'elle se mette en avant devant cette jeune fille.

« Et avez-vous vu le Prince ? »

5

« Le Prince de Pradvael est à Uzel en ce moment, pour laisser un peu de calme à la Reine Sophia qui devrait bientôt donner le jour à son bébé. »

« Vous en savez des choses... Papa aussi est au courant de tout ce qui se passe à la Cour. Et à l'étranger aussi ! Mais il ne nous en parle jamais. J'aimerais tellement qu'il me raconte la vie au château... Mais j'y pense ! Si votre père voulait vous emmener voir le Roi, c'était peut-être pour vous proposer en mariage au Prince Arthur ! »

6

« Vous n'y pensez pas ! » s'écria Helvisa, outrée. « Le Prince Arthur est promis à la sœur d'Alain III de Bretagne ! Quant à moi, mes parents ne m'ont toujours pas trouvé de parti... » soupira-t-elle.

« Vous avez bien le temps de vous marier ! » pouffa Collwen. « Mon père ne m'a pas trouvé d'homme à épouser et encore moins un prince ! Imaginez ! Un jour, vous serez peut-être une princesse ! »

« Si je deviens un jour une princesse, je ferais de vous ma dame de compagnie. »

7

Collwen se leva sous l'effet de l'émotion.

« Vraiment ? »

Helvisa se leva et regarda sa nouvelle amie avec un grand sourire.

« Je vous donne ma parole. Maintenant, si vous me faisiez visiter cet endroit ? C'est certainement la plus belle maison que j'ai jamais vue. »

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