Janvier 1012.

Le roi n'avait adressé la parole à aucun de ses enfants depuis le décès de Sophia. Ils l'avaient vu partir en chasse avec quelques chevaliers contre les loups qui étaient certainement la cause de la chute de cheval mortelle de la reine. Ils avaient vu la pauvre bête se faire tuer dans la cour même du château. Ils avaient vu le cercueil de leur belle-mère porté en procession jusqu'à l'église Saint-Gildas.

1

Liutgarde avait été surprise lorsqu'une servante l'avait informé du désir de son père de la voir, ainsi que ses sœurs et le prince pour déjeuner. Elle avait d'abord craint que son père n'ait apprit la vérité, que Mahaut ait tout avoué. Mais les Pleneventer n'étaient pas venus à Pradvael depuis le décès de Sophia et son père n'était pas non plus allé à Uzel.


Tout le monde à table était silencieux et personne n'osait parler le premier. Ce fut pourtant son petit frère qui parla le premier.

2

« Père, que va-t-il arriver à Othon ? »

Son père avait l'air pour le moins surpris d'une telle question.

« Que voulez-vous qu'il lui arrive ? » répondit-il.

« J'ai entendu des servants raconter que ce qui était arrivé à la reine … que c'était à cause du cercle de fées. »

Il avait fallu qu'il en parle ! Le cœur de Liutgarde battait à tout rompre, mais elle s'efforçait d'avoir ce sourire indulgent que les grandes personnes avaient pour les enfants qui parlaient sans savoir.

3

« Tu devrais savoir que le cercle de fées est l'œuvre du diable ! » répliqua sa sœur jumelle.

Liutgarde était souvent étonnée de voir l'influence que pouvait avoir la religion sur sa jeune sœur. Du haut de ses six ans, Agnès passait le plus clair de ses journées à prier dans leur chapelle, si bien que son père l'avait destinée à être religieuse. Richard poussa un profond soupir.

« Les paysans aiment accuser le cercle de fées pour tous les malheurs qui arrivent sur cette île. Mais si votre belle-mère est montée au ciel, c'est que Dieu l'y a rappelée. »

4

« Mais, Père, ce que je voudrais vraiment savoir, c'est … est-ce que vous allez vous remarier ? » continua le prince.

Derrière son sourire, Liutgarde priait intérieurement pour qu'il cesse de parler. Elle aurait cent fois préféré un autre déjeuner seule dans sa chambre plutôt que l'angoisse qui la saisissait à chaque instant. Elle se demandait si son père était au courant de tout et s'il ne jouait pas avec ses nerfs avant de la faire arrêter. Serait-il capable de la faire exécuter comme une simple tueuse ? Car elle n'était rien d'autre qu'une tueuse et c'était un péché mortel. Le Père Giovanni lui avait promis de ne jamais rompre le secret de la confession, mais elle craignait que pour une chose si importante que le meurtre de la reine, il n'ait dû tout raconter à son père.

5

« Éventuellement, il faudra bien que je me remarie. Vous êtes en âge de savoir qu'un roi se doit de nouer des alliances grâce aux mariages. C'est ainsi que vous épouserez la sœur du Duc de Bretagne, tout comme votre sœur épousera le fils du Duc de Saxe. »

Il venait de parler de son mariage ! S'il songeait toujours à l'alliance avec le Duc de Saxe, c'est qu'il n'était au courant de rien. A moins qu'il n'ait voulu parler d'Ermentrude … Elle devait en avoir le cœur net.

6

« Et notre sœur, Ermentrude ? N'est-elle pas promise à un beau mariage ? »

« Liutgarde ! » s'indigna sa sœur devant une si humiliante question.

« Je ne doute pas que pour une si belle enfant, les princes de tous les pays viendront me supplier de leur donner en mariage. Nous trouverons un parti pour elle en tant voulu. »

Liutgarde aurait à affronter les humeurs de sa sœur après une pareille question, mais elle avait maintenant la certitude que son père ne savait rien.

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