27 mai 2011

Deifrida vaut plus de quarante mille deniers

Octobre 1016.

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Le château de Kervignag était coutumier des grandes fêtes, mais celle-ci résonnait particulièrement aux oreilles de Deifrida. Tout d'abord, parce que la famille royale n'était pas présente. La Reine Mathilde venait de donner naissance au Prince Baudoin et le roi avait voulu rester à ses côtés. Cette fête n'était pas destinée à accueillir toute la noblesse de Pradvael, de toutes façons, mais à célébrer l'union de deux illustres familles : les Monforzh et les Pleneventer. Aujourd'hui, le comte d'Uzel fiançait son fils à la fille du duc de Kervignag.


"Permettez-moi de vous dire que je vous trouve resplendissante, Dame Deifrida." lui dit sa future belle-mère.


"Merci, Dame d'Uzel. J'ai pensé que faire une robe aux couleurs de votre famille était particulièrement approprié pour un jour comme aujourd'hui."


"Vous voulez dire que c'est vous qui avez confectionné cette robe ?"

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"Oui, je couds avec ma mère depuis que je suis toute petite."


"Je vous admire tellement. J'ai beau m'évertuer à confectionner des tapisseries pour notre château, je crois que je n'aurais jamais votre don."


"Lorsque je vivrais à Uzel, je pourrais vous montrer quelques astuces."


Ceux qui dénigraient la comtesse parce qu'elle était d'origine roturière étaient bien médisants, songea Deifrida. Sa future belle-mère était devenue experte dans l'art de faire la conversation.


"Il faut néanmoins que je vous dise quelque chose, Deifrida." dit cette dernière en regardant à droite et à gauche pour vérifier que personne ne les écoutait.


Pourvu qu'elle ne vienne pas à lui parler de la nuit de noces ! Sa mère lui avait déjà fait toute l'explication ce matin. Elle savait qu'elle devrait "se plier aux désirs de son mari" et "ne jamais lui refuser sa couche".

3


"C'est à propos du comte, mon mari. Voyez-vous, depuis quelques temps, il lit des livres peu recommandables. J'irais jusqu'à croire que ces livres traitent d'hérésies."


Deifrida ne savait comment réagir. Quel conseil pouvait-elle apporter à la comtesse ? Elle n'était certainement pas responsable des lectures de son mari.

"C'est la raison pour laquelle je prie si souvent. Je ... je suis inquiète pour le salut de son âme éternelle."


"Avez-vous la certitude de ce que vous dites ? En avez-vous parlé à l'évêque ?"


"Je ..."


4


"Je trouve que votre robe est ravissante, vraiment !" s'exclama-t-elle soudain.


Deifrida réalisa que Foulques venait d'arriver à ses côtés. Qu'avait-il entendu de leur précédente conversation ?


"Et cette réception est magnifique. Vous savez vraiment festoyer à Kervignag."


"Voulez-vous dire que nos fêtes ne sont pas également somptueuses, mère ?" la taquina son fils. "Puis-je vous voler ma promise un instant ? Vous aurez tout le temps que vous voudrez pour échanger les derniers ragots à la mode."


Deifrida se sentit prête à défaillir. Il avait entendu leur conversation finalement, mais il semblait ne pas s'en inquiéter davantage. Etait-il un hérétique lui aussi ? Allait-elle épouser un hérétique ? Elle n'était pas particulièrement versée dans la religion, même si elle se rendait souvent au chantier de l'église Sainte-Mathilde près de leur château. Mais si elle n'était pas une pieuse femme comme la comtesse, elle n'en était pas pour autant une hérétique. Que penserait son père s'il apprenait tout cela ? Annulerait-il le mariage ?

5


"Tout va bien, ma mie ?"


"Nos parents font-ils des arrangements indécents concernant ma dot ? J'estime valoir au moins vingt mille deniers."


"Vingt mille deniers, rien de moins ? Je ne vois pourtant pas trace de sang royal chez les Monforzh." dit il en faisant mine de l'inspecter sous toutes les coutures. "Bien que les courbes que mettent en valeur cette robe les valent peut-être. Vingt mille deniers pour la robe !"


"Comme vous pouvez être galant !"


"Peut-être cette bague vaut elle également vingt mille deniers." dit il en lui passant une magnifique bague d'or sertie de pierres précieuses autour du doigt.


6


"Oh, Foulques, elle est magnifique !" s'exclama Mahaut. "C'est la bague de grand-mère ?"


"Oui. Père l'a retrouvée ce matin."


"Si vous ne l'avez pas achetée, je ne sais pas si je vaux quarante mille deniers maintenant..." pouffa Deifrida.


"Vous valez bien plus, belle Deifrida. Mon château et le vôtre réunis ne sauraient manifester l'amour que je vous porte et le respect que j'ai pour vous."


Deifrida le serra dans ses bras. L'espace d'un instant, elle oublierait ses angoisses concernant les arrangements du mariage, l'état de religion de sa future famille ou sa future nuit de noces. Pendant quelques mois encore, elle serait la petite et insouciante Deifrida Monforzh.


7

< Frothard pose la question

Giovanni est tiré hors de sa sieste >


Commentaires sur Deifrida vaut plus de quarante mille deniers

    bon, après Mahaut, en voilà une autre qui a l'air d'avoir trouvé aussi un bon mari !

    Posté par mylord31, 27 mai 2011 à 14:23 | | Répondre
  • Il faut se méfier des apparences pour ce couple. Ils ont prit l'habitude de se taquiner depuis tous petits (http://pradvael.canalblog.com/archives/2010/06/06/18150710.html) pour éviter de se rendre compte qu'ils n'ont aucun sentiment l'un pour l'autre. C'est une fausse complicité de façade.

    Mahaut et Piero s'estiment intellectuellement et son sur la même longueur d'onde, mais Deifrida est loin d'être satisfaite par l'intelligence moyenne de Foulques qui se contente de faire ce qu'on lui dit sans faire trop de vagues.

    Posté par Pradvael, 30 mai 2011 à 21:53 | | Répondre
  • Ce qui veut dire qu'il y aura du suspense !

    Posté par Mirabel/Lorraine, 25 juin 2011 à 08:49 | | Répondre
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