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Le Royaume de Pradvael

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7 juin 2011

Thietmar le Saxon

Janvier 1017.


Le tonnerre se faisait entendre à travers toute la vallée et le vent soufflait si fort qu'on entendait au loin les cloches de la cathédrale qui sonnaient.

1


Thietmar adorait être au chaud, à l'intérieur, quand tout était agité à l'extérieur. Bien sûr, l'immense et froid château de Branderion n'avait rien à voir avec le chaleureux château du Duc de Saxe où il avait été élevé, mais cette petite pièce où il faisait couler son bain était à une dimension suffisante pour réfléchir. Au nord du petit royaume de Pradvael, le grand royaume d'Angleterre était en proie à de grandes agitations.

2


Enfant, protégé dans un duché du Saint-Empire, il n'avait jamais pensé à ces royaumes insulaires et lointains comme l'Angleterre ou l'Ecosse. Mais c'étaient des voisins directs maintenant et le moindre changement politique avait des répercussions directes dans leur vie. En une année seulement, Edmond Côtes-de-Fer avait été sacré roi d'Angleterre et était mort. Cnut le Grand, l'ancien envahisseur, était maintenant roi d'Angleterre, et il avait des vues sur le Danemark, la Norvège et la Suède. Il n'était jamais bon qu'un seul homme ait tant de pouvoir entre ses mains. On racontait qu'il faisait déjà exécuter toute l'ancienne noblesse d'Angleterre. Ferait-il de même s'il envahissait Pradvael ?

Il sortit de son bain et fut surpris du froid qui régnait dans leur chambre. Le feu était presque éteint ! Depuis qu'il s'amusait un peu avec leur servante, Solveig, celle-ci se croyait autorisée à ignorer ses tâches les plus simples.

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La pauvrette devait ignorer que c'était un homme du nord, tout comme elle, qui était maintenant roi d'Angleterre. Si l'envie prenait à Cnut de les envahir, ils seraient néanmoins les premiers au courant. La forteresse de Branderion se trouvait à l'extrême nord de l'île et servait justement à prévenir toute invasion viking, anglaise ou normande. Il lui ferait néanmoins passer l'envie de laisser le feu mourir dans la chambre de sa femme.

4


Elle venait tout juste de donner le jour à un fils, son héritier. Il l'avait nommé Bernard, en hommage à son défunt père et avait immédiatement écrit à son frère, un autre Bernard, pour lui annoncer la nouvelle et lui demander d'être le parrain de son fils. Pour Liutgarde et pour leur enfant, il priait chaque soir que Cnut ne découvre jamais l'existence de Pradvael. Ils seraient bien plus à l'abri dans le Saint-Empire, mais il savait que Liutgarde ne partirait jamais. C'était une promesse que le roi avait faite à la défunte Reine Alix et Thietmar respectait le roi pour tenir sa parole à celle qu'il avait un jour aimée.

5


Il ne savait pas s'il pourraît faire une pareille promesse à Liutgarde. S'ils avaient une fille, il voudrait qu'elle épouse un Saxon et qu'elle retourne dans son pays. Thietmar poussa un profond soupir en songeant qu'il ne reverrait jamais son pays et s'assit sur la chaise où sa femme aimait s'asseoir pour lire les lettres de ses soeurs. Agnès écrivait souvent, mais ses lettres n'étaient la plupart du temps que des recommandations religieuse. Il saisit une lettre marquée du sceau de la princesse Ermentrude après s'être assuré que sa femme dormait à poings fermés. "...Père n'en sait encore rien, mais le Prince de Gwynedd me fait la cour depuis plusieurs semaines maintenant. J'ai bonne espoir qu'il lui demande ma main très bientôt..."

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Il n'était pas le seul exilé après tout. Le Prince de Gwynedd, la défunte épouse du baron de Loklemar qui était la soeur même du roi d'Ecosse, l'évêque qui venait d'Italie. Cette île était une terre d'exilés, difficile à trouver et qu'on ne pouvait quitter.

< Giovanni est tiré hors de sa sieste

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7 juin 2011

Giovanni est tiré hors de sa sieste

Octobre 1016.


Giovanni se demandait qui pouvait bien frapper à sa porte au beau milieu de l'après-midi. L'automne était particulièrement chaud cette année et il s'était assoupi, comme souvent, en pleine lecture de Saint-Augustin. Il ouvrit la porte et poussa un cri de surprise avant de reprendre ses esprits et de se réveiller pour de bon.

1


"Votre Altesse Royale !" dit il en baisant la main de la petite fille. "Que faites-vous donc ici ? Je veux dire ... que me vaut l'honneur de votre visite ? Votre père sait-il que vous êtes ici ?"


"La Reine le sait. C'est elle qui m'envoie."


"Sa Majesté a très certainement une requête à me formuler, mais je suis surpris qu'elle vous envoie vous plutôt qu'un des gardes du château pour m'envoyer quérir."


2


"C'est moi qui lui ai demandé à venir vous voir. J'avais une question d'une grande importance à vous poser."


"Si tôt dans l'après-midi ?" demanda Giovanni en s'efforçant de se réveiller pour de bon.


La Princesse Agnès avait le don de lui poser des questions de théologie dont il avait de plus en plus de mal à répondre. Elle lisait la Bible nuit et jour. C'était la Reine Mathilde qui avait insisté pour que les princesses apprennent à lire, même si Giovanni lui avait conseillé à maintes reprises de leur enseigner à coudre et à cuisiner plutôt qu'à tenter de lire des textes.


"N'ayez crainte, ce n'est pas une question de foi, enfin, pas tout à fait. Mais voyez-vous, cette question m'obsède depuis quelques jours aussi vais-je vous la poser."


Pour une enfant de dix ans, la princesse parlait comme une femme tout à fait accomplie. Giovanni ne pouvait pas dédaigner le mérite de la reine à ce sujet.

3


"Je voulais savoir quand les travaux de l'abbaye seront achevés..."


"Voilà une question à laquelle il me sera aisé de répondre, Votre Altesse. Les dernières pierres sont en train d'être posées en ce moment même."


"C'est que, voyez-vous, j'ai vraiment hâte d'entrer au couvent et de prier pour ma famille ... et pour vous mon cher évêque" s'empressa-t-elle d'ajouter.


Agnès était au moins l'un des enfants royaux qui avait sa confiance, songea Giovanni. Il ne fallait certainement pas perdre cette occasion de faire dire du bien de lui auprès du roi.


"Je pourrais en toucher deux mots à votre père, si vous souhaitez hâter votre entrée dans les ordres, bien que je crois qu'il souhaiterait vous avoir à ses côtés pendant quelques années encore."


"Ce serait très gentil de votre part."

4


"Maintenant que j'ai accédé à votre requête, pouvez-vous me faire part de celle de la reine ?"


"Elle voulait simplement savoir quand était prévu le baptême de mon frère le Prince Baudoin ?" dit elle toute souriante, comme soulagée de savoir son entrée au couvent chaque jour plus proche.


"Dites à Sa Majesté la Reine que je viendrais lui rendre visite un peu plus tard dans la journée et que nous planifierons ensemble ce baptême. A-t-elle déjà pensé aux parrains et marraines ?"


S'il avait un jour la possibilité d'être le parrain d'un prince, il pourraît certainement pousser à un mariage avec sa fille Benedacta.


"Oui, le parrain sera le frère de la reine, le comte de Flandre. Quant à la marraine, il s'agit de la comtesse Ogive de  Luxembourg, sa femme."


"Fort bien." répliqua Giovanni d'un ton un peu trop sec. "Transmettez mes sympathies à Sa Majesté."


La princesse fit une petite révérence avant de repartir pour le château de Pradvael. Giovanni, quant à lui, retourna sur son banc s'assoupir auprès de Saint-Augustin.

< Deifrida vaut plus de quarante mille deniers

Thietmar le Saxon >

27 mai 2011

Deifrida vaut plus de quarante mille deniers

Octobre 1016.

1


Le château de Kervignag était coutumier des grandes fêtes, mais celle-ci résonnait particulièrement aux oreilles de Deifrida. Tout d'abord, parce que la famille royale n'était pas présente. La Reine Mathilde venait de donner naissance au Prince Baudoin et le roi avait voulu rester à ses côtés. Cette fête n'était pas destinée à accueillir toute la noblesse de Pradvael, de toutes façons, mais à célébrer l'union de deux illustres familles : les Monforzh et les Pleneventer. Aujourd'hui, le comte d'Uzel fiançait son fils à la fille du duc de Kervignag.


"Permettez-moi de vous dire que je vous trouve resplendissante, Dame Deifrida." lui dit sa future belle-mère.


"Merci, Dame d'Uzel. J'ai pensé que faire une robe aux couleurs de votre famille était particulièrement approprié pour un jour comme aujourd'hui."


"Vous voulez dire que c'est vous qui avez confectionné cette robe ?"

2


"Oui, je couds avec ma mère depuis que je suis toute petite."


"Je vous admire tellement. J'ai beau m'évertuer à confectionner des tapisseries pour notre château, je crois que je n'aurais jamais votre don."


"Lorsque je vivrais à Uzel, je pourrais vous montrer quelques astuces."


Ceux qui dénigraient la comtesse parce qu'elle était d'origine roturière étaient bien médisants, songea Deifrida. Sa future belle-mère était devenue experte dans l'art de faire la conversation.


"Il faut néanmoins que je vous dise quelque chose, Deifrida." dit cette dernière en regardant à droite et à gauche pour vérifier que personne ne les écoutait.


Pourvu qu'elle ne vienne pas à lui parler de la nuit de noces ! Sa mère lui avait déjà fait toute l'explication ce matin. Elle savait qu'elle devrait "se plier aux désirs de son mari" et "ne jamais lui refuser sa couche".

3


"C'est à propos du comte, mon mari. Voyez-vous, depuis quelques temps, il lit des livres peu recommandables. J'irais jusqu'à croire que ces livres traitent d'hérésies."


Deifrida ne savait comment réagir. Quel conseil pouvait-elle apporter à la comtesse ? Elle n'était certainement pas responsable des lectures de son mari.

"C'est la raison pour laquelle je prie si souvent. Je ... je suis inquiète pour le salut de son âme éternelle."


"Avez-vous la certitude de ce que vous dites ? En avez-vous parlé à l'évêque ?"


"Je ..."


4


"Je trouve que votre robe est ravissante, vraiment !" s'exclama-t-elle soudain.


Deifrida réalisa que Foulques venait d'arriver à ses côtés. Qu'avait-il entendu de leur précédente conversation ?


"Et cette réception est magnifique. Vous savez vraiment festoyer à Kervignag."


"Voulez-vous dire que nos fêtes ne sont pas également somptueuses, mère ?" la taquina son fils. "Puis-je vous voler ma promise un instant ? Vous aurez tout le temps que vous voudrez pour échanger les derniers ragots à la mode."


Deifrida se sentit prête à défaillir. Il avait entendu leur conversation finalement, mais il semblait ne pas s'en inquiéter davantage. Etait-il un hérétique lui aussi ? Allait-elle épouser un hérétique ? Elle n'était pas particulièrement versée dans la religion, même si elle se rendait souvent au chantier de l'église Sainte-Mathilde près de leur château. Mais si elle n'était pas une pieuse femme comme la comtesse, elle n'en était pas pour autant une hérétique. Que penserait son père s'il apprenait tout cela ? Annulerait-il le mariage ?

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"Tout va bien, ma mie ?"


"Nos parents font-ils des arrangements indécents concernant ma dot ? J'estime valoir au moins vingt mille deniers."


"Vingt mille deniers, rien de moins ? Je ne vois pourtant pas trace de sang royal chez les Monforzh." dit il en faisant mine de l'inspecter sous toutes les coutures. "Bien que les courbes que mettent en valeur cette robe les valent peut-être. Vingt mille deniers pour la robe !"


"Comme vous pouvez être galant !"


"Peut-être cette bague vaut elle également vingt mille deniers." dit il en lui passant une magnifique bague d'or sertie de pierres précieuses autour du doigt.


6


"Oh, Foulques, elle est magnifique !" s'exclama Mahaut. "C'est la bague de grand-mère ?"


"Oui. Père l'a retrouvée ce matin."


"Si vous ne l'avez pas achetée, je ne sais pas si je vaux quarante mille deniers maintenant..." pouffa Deifrida.


"Vous valez bien plus, belle Deifrida. Mon château et le vôtre réunis ne sauraient manifester l'amour que je vous porte et le respect que j'ai pour vous."


Deifrida le serra dans ses bras. L'espace d'un instant, elle oublierait ses angoisses concernant les arrangements du mariage, l'état de religion de sa future famille ou sa future nuit de noces. Pendant quelques mois encore, elle serait la petite et insouciante Deifrida Monforzh.


7

< Frothard pose la question

Giovanni est tiré hors de sa sieste >

26 mai 2011

Frothard pose la question

Septembre 1016.


1

Depuis la mort de leur mère il y a quelques années, la maison des Perred n'était plus emplie de rires et de chansons comme autrefois. La duchesse de Kervignag ne venait plus leur rendre visite depuis longtemps, préférant fuit la réalité de la mort de l'une de ses meilleures amies. Les repas étaient souvent tristes et silencieux, mais Frothard avait une question qui le hantait depuis plusieurs jours et il se décida à la poser enfin.


"Papa, est-ce vrai que Gotberga va entrer au couvent ?"


Sa soeur lui donna un violent coup de pied sous la table en le fusillant du regard. Il lui avait promis de ne pas en parler.


2


"Je ne savais pas que je t'avais si bien élevé pour que tu écoutes aux portes, maintenant." répondit son père avec son éternel air sombre.


"C'est pas moi, c'est Dagena qui ... aïe !"


Cette fois-ci, c'était sa soeur jumelle qui venait de lui donner un coup de pied. Gotberga avait entendu son père parler de sa future entrée dans les ordres avec l'évêque quelques jours auparavant. Elle avait tout raconté à sa petite soeur qui en avait parlé à son frère jumeau pour avoir son avis. Seul Gislevert ne semblait pas au courant.


3


"Que vas-tu inventer ? Si tu te contentais d'apprendre ton latin avec l'évêque plutôt que d'écouter les discussions des femmes de chambre ?" dit leur grand frère.


"Frothard dit vrai." soupira leur père. "Je ne voulais pas vous en parler maintenant. Après tout, Gotberga est encore petite. Mais j'ai discuté avec l'évêque et la construction de l'abbaye dans le comté d'Uzel est bientôt terminée. Il va falloir des religieuses pour prier pour nos âmes. Nous en avons déjà deux au ciel dans cette famille et je pense que donner Gotberga à l'église est un moindre mal pour prier pour votre mère et votre soeur."


4


"Tu vois, Berga, il suffisait de demander !" s'exclama Frothard.


"Frothard, tu seras privé de viande pendant un mois pour avoir parlé de choses qui ne te regardaient pas."


"Mais papa ! C'est Dagena qui ..."


"Et tu iras deux fois par jour à la messe à Saint-Gildas pour dénoncer une dame à ta place. Lorsqu'un homme faute, il doit assumer comme un homme."


"Oui, papa."


5


"Maintenant, mangez et allez vous coucher. Il est déjà tard."


Le silence qui étouffait habituellement leurs repas reprit place. Frothard se mordit les joues pour s'empêcher de pleurer devant ses soeurs. Il n'était pas triste parce qu'il était puni. Il savait qu'au fond, ses soeurs lui étaient reconnaissantes d'avoir posé la question. Il était simplement triste parce qu'il allait perdre sa grande soeur qui serait cloîtrée dans un couvent pour le reste de ses jours.

< Piero fait une rencontre opportune

Deifrida vaut plus de quarante mille deniers >

26 mai 2011

Piero fait une rencontre opportune

Mars 1016.

1


Le chemin n'avait pas été bien long du château d'Uzel à l'endroit qu'on nommait La Grange aux Loups. Leur nouvelle maison se situait exactement entre le château et la future abbaye. L'intérieur était encore plutôt spartiate mais Piero savait toujours comment remonter le moral de sa femme.

2


"Ce n'est que provisoire, ma belle. Bientôt mon père me trouvera une parfaite petite église où nous irons vivre tous les deux."


"Après notre dernière discussion pendant le mariage, je crains que votre père ne m'apprécie pas beaucoup."


"Je pense que vous avez bien défendu vos arguments. Je crois que l'homme et la femme sont tous deux des créatures de Dieu et qu'ils nous aime également."


"Mais la femme n'est-elle pas responsable du péché originel ?"


"Adam aussi goûta le fruit défendu." dit il avec un petit sourire, se rappelant leur nuit de noces.

3


Mahaut saisit immédiatement l'allusion et commença à rougir en souriant. Il aimait la voir sourire. C'était là qu'elle était la plus belle. Il admirait également son intelligence et sa présence d'esprit.

"Ohé ! Y a-t-il quelqu'un ici ?" cria quelqu'un depuis l'extérieur.


Piero et Mahaut se regardèrent, soudain conscients qu'aucun d'eux ne possédait une épée ni un serviteur pouvant quérir de l'aide au château d'Uzel.


"Piero !" cria sa femme, saisie par la peur.


"N'ayez crainte, ma belle, Dieu est avec nous. Je vais descendre voir qui se trouve dehors. Quant à vous, montez au grenier vous cacher jusqu'à ce que je vous dise que tout va bien."

Une fois arrivé en bas, il tomba nez-à-nez avec la veuve rougissante du pêcheur de Kervignag, récemment remariée et un homme brun de très haute taille.

4


"Guten Morgen ! Seriez-vous prêtre par hasard ?"


"Assez pour savoir que vous venez du Saint-Empire." répondit Piero, soulagé de voir que l'homme n'était pas armé.


"Du Duché de Saxe pour être précis. Je me présence, Thietmar, Duc de Branderion, Marquis de Saxe, Comte de Lunébourg."


A peine l'homme avait-il commencé l'énumération de ses titres que Piero posa un genou à terre en signe de soumission.


"Je vous disais donc que je cherchais un prêtre pour la Duchesse et moi-même. Elle est maintenant grosse et ne sera rassurée que lorsque nous pourrons faire baptiser l'enfant à la Chapelle Saint-Angilbert qui se trouve en notre château. C'est Mariot" dit il avec un signe de tête vers la paysanne qui l'accompagnait "qui m'a très gentiment conduit à votre demeure, m'assurant qu'il y avait un prêtre ici. Elle aura sûrement quelques péchés à confesser." ajouta-t-il avec un clin d'oeil.

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Piero avait déjà entendu parler d'un affaire concernant Mariot et le Duc de Kervignag et il avait préféré ne pas y prêter attention, mais voilà maintenant qu'elle soliciterait les faveurs de l'autre duc de leur royaume ?

"Votre Grâce, accepteriez-vous de monter en discuter dans mon humble demeure ? Et pendant ce temps, peut-être que Mariot pourrait aller chercher ma femme partie se réfugier au grenier."

Le duc expliqua comment ils étaient seuls dans cet immense château que le roi avait fait construire pour lui et comment l'absence totale d'envahisseurs rendait son poste de surveillance fastidieux, sinon inutile.

"Cette île est un véritable mystère. Personne ne semble savoir où elle est et pourtant, quand on y est, on ne peut que constater qu'elle est bien réelle. Et ces rochers ! Ces rochers ! Combien de drakkars Vikings ont sombré à l'horizon !"

6


"Je suppose que le Seigneur a voulu protéger notre petite communauté par ce labyrinthe de rochers qui entoure Pradvael."


"Puisque nous sommes d'accord qu'il n'y a aucun danger à venir vivre sur la côte, quand venez-vous vous installer à Branderion avec votre adorable épouse ?"

< Mahaut change d'avis sur le mariage

Frothard pose la question >

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23 mai 2011

Mahaut change d'avis sur le mariage

Mars 1016.

1


"Vous féliciterez votre cuisinière pour moi."


"C'est moi qui ai fait la cuisine." répondit le comte. "Devrais-je porter un bonnet et une jupe pour vous satisfaire, mon gendre ?"


Mahaut n'avait jamais vu son père d'aussi bonne humeur. Il venait de se débarasser de sa fille et il avait bien négocié la dot. Son bonheur pouvait-il être plus grand ? Pourtant, Mahaut ne pouvait se résigner à devoir quitter ce château où elle était née et avait grandi.

 

2

Seule la Dame Deifrida s'était déplacée pour être sa demoiselle d'honneur. Liutgarde, qui avait été bien prompte à être son ami lorsqu'il avait s'agit de l'aider à organiser le meurtre de la Reine Sophia, n'avait même pas daigné répondre à son invitation. Peut-être était-ce à cause de son mari ? Le duc de Branderion s'estimait sans doute trop haut placé pour assiter au mariage de la fille d'un comte avec le fils d'un évêque et avait il interdit son épouse de se rendre au mariage sans lui...

3


Piero allait-il agir de la sorte maintenant qu'ils étaient mariés ? N'aurait-elle plus le droit de voir ses amies ? Même Deifrida qui allait épouser son propre frère ? Les trouvères changèrent de musique et son esprit revint à la conversation. Il semblait que Piero parlait chevaux avec son père. Mahaut n'avait jamais aimé les chevaux, et l'accident de la Reine Sophia n'avait rien fait pour améliorer la situation.

4


"Saviez-vous qu'ils entassaient du grain autrefois dans la maison que nous allons habiter ? Du grain pour les chevaux..."


"Vous avez l'air absolument enthousiaste à l'idée de venir vivre dans une grange."


"Jésus n'est-il pas né dans une grange lui-même ?" dit l'évêque.

5


"Certes, monseigneur, mais je ne prétends pas être aussi sainte que la Vierge Marie. Je ne vois  d'ailleurs que des pécheurs autour de cette table." dit-elle en lançant un regard insistant à son père.


"Mahaut ! Cela suffit maintenant !" rugit le comte.


"Laissez" dit l'évêque. "Je pense que je saurais raisonner celle qui est maintenant ma fille. Etant le plus érudit d'entre nous pour les questions religieuses, je puis affirmer que si nous ne sommes pas des saints, nous nous efforçons chaque jour d'atteindre la sainteté par nos oeuvres. Votre père, le comte, a fait de très généreux dons à notre cathédrale et fait bâtir une abbaye sur ses terres. Je pense que de telles marques de piété sont chères aux yeux du Seigneur."


Le comte acquiesça en souriant.

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"Vous affirmez donc que notre argent seul suffit à racheter nos fautes commises ici bas ?"


"Ma chère enfant" répondit l'évêque "qui vous a donné votre argent sinon Dieu ? C'est la prodigalité qui vous sauve, et non votre fortune. Voilà bien pourquoi les femmes ne devraient pas parler de religion, elles n'y entendent absolument rien ! A de rares exceptions près." ajouta-t-il avec un sourire pour la comtesse.


"Je suis sûre que Piero sera ravi d'apprendre qu'il a épousé une sotte."

7


Mahaut ne comprenait pas pourquoi Piero ne disait rien pour la défendre. Après tout, c'était son mari et son maître, et non cet affreux évêque. Et pourtant, il restait silencieux, essayant de s'excuser par le regard confus qu'il lui lançait. Devant le regard suppliant de sa femme, il se décida néanmoins à parler.

8


"Voyez-vous, mon père, je pense rejoindre certaines des idées de ma femme."


"Allons donc !" rugit le comte. "Voulez-vous que tout Pradvael sache qui porte la culotte dans votre ménage dès le jour même de votre mariage ?"


"Je pense que malgré toute la prodigalité dont l'on peut faire preuve dans ses bonnes oeuvres, il y a certains péchés que seule une pénitence dure et sincère peut absoudre."

9


"M'accuseriez-vous d'être un pécheur ?" grogna le comte.


"Certainement."


La comtesse ne put s'empêcher de pousser un petit cri de frayeur. Mahaut surveillait la main droite de son père, priant pour qu'il ne la porte pas à son épée.


"Tout comme mon père, moi même et mon épouse, ainsi que chacun de ceux qui sont autour de cette table. Et le plus grand des péchés que nous puissions commettre, est de nous déclarer des saints."


Mahaut se tourna vers l'évêque avec un sourire emprunt de fierté. Ce mariage promettait d'être passionnant.


10

< Benedacta fait partie de la famille

Piero fait une rencontre opportune >

22 mai 2011

Benedacta fait partie de la famille

Mars 1016.


1

"Le Vicomte d'Uzel ... L'Honorable Arnould Pleneventer ..."

Benedacta répétait dans sa tête les noms de ceux qui étaient assis à ses côtés dans la petite chapelle Saint-Guilhem. Depuis un an, elle venait régulièrement au Château d'Uzel pour préparer ce mariage avec la comtesse et Dame Mahaut, mais elle ne se lassait pas de ces pierres si vieilles et de ces immenses couloirs. Dans quelques minutes maintenant, Benedacta serait la soeur de La Dame Mahaut Guido !

2

La comtesse avait l'air réellement enthousiaste à l'idée de ce mariage. Benedacta ne voyait pas ce qu'il y avait de très glorieux à rejoindre leur famille, si ce n'était que son père était évêque. Mais la comtesse venait de plus en plus souvent à la cathédrale ces temps-ci. Elle était peut-être contente que sa fille rejoigne une famille religieuse comme les Guido.

3

"Pétronille, calmez-vous un peu. Ce n'est qu'un mariage."

"Mais c'est le mariage de ma petite fille ! Je ne vivrais ça qu'une fois dans ma vie !"

"Quand bien même, vous faite bien grand cas de notre petite Mahaut. Monseigneur, voulez-vous bien démarrer ce mariage, qu'on en finisse ?"

4

Benedacta trouvait le comte un peu dur, mais son frère avait l'air impatient de se marier. Quant à Mahaut, elle semblait plutôt pâle, mais lorsqu'elle vit le sourire de Piero, elle reprit des couleurs. La comtesse sortit un mouchoir et commença à sanglotter. Benedacta se demanda si elle allait pleurer elle aussi. Elle aurait dû prendre un mouchoir; elle passerait vraiment pour une paysanne si elle essuyait ses yeux dans sa robe devant le vicomte !

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"In nomine Patris ... " commença son père "et Filii, et Spitirus Sancti."

"Amen." répondit l'assemblée.

Mahaut avait l'air si sérieuse soudainement. Maintenant que tout était démarré, c'était sa vie qui allait changer. Elle vivrait désormais avec Piero dans le bonheur et l'adversité. Benedacta trouvait que le mariage était à la fois beau et tragique. C'était une belle occassion d'être entouré de toute sa famille, mais la mariée partait à jamais vivre dans une autre famille. Elle ne savait pas comment elle ferait le jour où on lui annoncerait qu'elle devrait quitter son cher papa.

6

Elle fut tirée de ses rêveries par des applaudissements. La cérémonie était déjà terminée et les mariés s'embrassaient, semblant oublier leur famille présente autour d'eux. Benedacta sentit une larme tomber le long de sa joue. Messire Arnould lui tendit son mouchoir avec un sourire. Elle faisait vraiment partie de la famille maintenant.

< Deifrida est plus sage qu'un prêtre

Mahaut change d'avis sur le mariage >

12 mai 2011

Deifrida est plus sage qu'un prêtre

Mars 1016.


1


Deifrida se demandait si le choix de la chambre du comte et de la comtesse était une bonne idée, mais Mahaut lui avait dit que son frère pouvait les entendre si elles se trouvaient dans sa chambre.


"J'espère que vous n'attendez pas de moi que je vous dise ce qui se passera lors de votre nuit de noces, car ma mère ne m'a pas encore entretenue de ces choses là."


"La mienne l'a fait ce matin." répondit Mahaut. "Je voulais juste voir un visage ami, vous savez, avant de ..."


"Avant de vous marier ! Et avec le beau Piero Guido !"

2


"Le beau Piero Guido ? Dame Deifrida, je ne sais pas si je peux vous autoriser de parler ainsi de mon futur mari !" pouffa Mahaut. "Que penserait son père l'évêque ?"


"Qu'il a, contre toute attente, réussi à produire un héritier fort appétissant."


"Mais ce n'est pas une patisserie ! C'est mon futur mari..." soupira Mahaut, nostalgique.

3


"Vous resterez mon amie après tout cela, n'est-ce pas ? Vous me rendrez visite dans cette misérable grange où je vais vivre ?"


"Vous n'y serez pas bien souvent. Je suis sûre que mon père vous invitera à sa cour. Et Piero trouvera bien une charmante petite église qui voudra bien de lui comme prêtre, et vous vivrez dans la plus adorable des maisons tous les deux."


"Je ... je trouve que c'est quelqu'un de bien. Vraiment. Mais ... je ne sais pas si je suis amoureuse."


"Ah, l'amour !" s'exclama Deifrida.


4


"Mais, si je n'arrive jamais à l'aimer ?"


"Vous souvenez-vous de nous deux il y a quelques années ? Lorsque nous martyrisions votre pauvre frère ? Si on m'avait dit à l'époque que je serais tombée amoureuse de ce mécréant, je ne l'aurais jamais cru. Et pourtant, aujourd'hui, je l'aime et bientôt, comme vous, je me marierai. Vous tomberez amoureuse de Piero comme je suis tombée amoureuse de votre frère."

5


"Et si je n'y arrive pas ?"


"Vous savez, ni vous ni moi ne pouvons contrôler les choses de l'amour. Ce sont là les mystères de Dieu."


"On croirait entendre Piero..."


"S'il vous a dit cela, c'est qu'il est encore plus sensé que je ne l'aurais cru. Vous êtes jeune, Mahaut, nous le sommes tous. Un jour viendra où ce sera à notre génération de contrôler ce monde, mais en attendant, profitons des années d'insouciance qu'il nous reste. Vous allez vous marier aujourd'hui et je peux vous jurer que ce sera une superbe fête !"

6


"Mais ..."


"Pas de mais ! Gardez vos larmes pour plus tard et montons vous préparer. Aujourd'hui, vous serez la plus belle jeune femme de l'île et il n'y a que ça qui soit important. Comme dirait Saint-Matthieu : Ne vous mettez pas en souci du lendemain, car le lendemain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine."

< Dagena donne un conseil de vie ou de mort

Benedacta fait partie de la famille >

12 mai 2011

Dagena donne un conseil de vie ou de mort

Janvier 1016.


1


"Vous trouverez la comtesse dans la chapelle" avait dit le garde à Dagena. "Elle y passe beaucoup de temps en prières et recueillement ces temps-ci."


Dagena ne pouvait qu'aquiescer. Alors même qu'ils faisaient construire une immense abbaye sur leur terre, les Pleneventer avaient demandé d'utiliser les surplus de matériaux pour faire bâtir une chapelle dans le donjon. C'était comme s'ils souhaitaient se racheter de tous leurs péchés par leur démonstration démesurée de foi. Comme si le monde entier devait savoir que c'étaient des gens biens. Dagena avait certes entendu des rumeurs au sujet du comte, mais à cause de son amitié pour Pétronille, elle préférait ne pas trop écouter ce qui se disait.


2


Pourtant, si l'abbaye était une idée du comte, Dagena savait que c'était Pétronille qui avait demandé que l'on construise la petite chapelle Saint-Guilhem. Son mari n'avait pas dû réaliser les coûts que cela allait entraîner lorsqu'il avait entrepris la construction de l'abbaye et il semblait aujourd'hui se désintéresser totalement des travaux tout comme de Dieu.


3


"Oh, Dagena, vous êtes là ?" demanda Pétronille après avoir terminé une longue prière.


Elle semblait changée. Fatiguée, presque résolue. A trente-huit ans, Pétronille donnait l'impression d'avoir laissé  sa vie derrière elle.

"Je reviens de Pradvael et j'ai pensé qu'une petite visite vous ferait du bien. La Reine Mathilde se plaint de ne plus vous voir à la cour."


4


"Dagena, je crois que je suis en train de pécher." dit brusquement Pétronille, l'air grave. "J'en suis sûre, même. Et pourtant, je ne peux pas me résoudre à arrêter de pécher."


"De quoi parlez vous donc ?"

"Oh, promettez-moi de n'en parler à personne ! Et surtout pas à notre évêque, ni à la reine !"


"Pétronille, depuis tout ce temps, vous doutez encore de ma capacité à tenir ma langue ? Je dois dire que vous avez raison" dit Dagena, ne pouvant s'empêcher de rire.


Pétronille la fixait, des larmes dans les yeux. Dagena n'avait jamais vu son amie dans un tel état. Le sujet devait être plus grave qu'il n'y paraissait.


"Vous avez ma parole" dit elle en posant sa main sur sa jambe "que quoi que vous me disiez ici, je ne le répéterais jamais."

5


"J'entretiens une relation avec Cyn... avec le prince de Gwynedd."


Un lourd silence s'engouffra dans la chapelle alors que le mot Gwynedd résonnait à travers les murs de pierre.


"Je ... "continua Pétronille, la gorge nouée "...je sais que c'est mal, mais je ne peux y mettre un terme. Il menace de tout dévoiler si je parle, mais ... j'ai peur de finir par tomber enceinte de lui !"


"Vous devez faire en sorte de freiner ses ardeurs. Demandez à l'une de vos servantes de le séduire pour détourner son attention. Il faut absolument que cette relation demeure secrète. Dieu seul sait ce que votre mari pourrait vous faire s'il l'apprenait."

6


"Une servante ... je n'y aurais jamais pensé."


"Ne me dites pas que vous prenez plaisir à cette relation ! Les hommes ont ce genre de désir, mais nous sommes plus intelligentes qu'eux. Nous leur faisons croire que nous y prenons plaisir, mais si nous y cédons, nous devenons leurs proies."


"Vous avez sans doute raison..."


"Bien sûr que j'ai raison ! Je sais" soupira Dagena "a quel point le comte peut être difficile à vivre parfois, mais vous devez retourner à sa couche. S'il arrivait que vous tombiez enceinte, il devrait absolument penser que l'enfant est de lui. Il en va de votre vie, Pétronille. Il en va de votre vie."

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Deifrida est plus sage qu'un prêtre >

17 février 2011

Mahaut attire tous les regards

Juin 1015.

1

"Je vous remercie de nous avoir tous invités pour célébrer ces épousailles, cher comte !"

"C'est tout à fait normal. Nous parlons de ma fille unique. J'espère que sa maigre dot saura vous contenter."

Mahaut regarda précipitamment son père. Pourquoi fallait-il qu'il parle d'argent maintenant ? N'était-ce pas un sujet qui se réglait entre pères, dans l'intimité de leur bureau ? Et si Piero ne voulait plus l'épouser après une telle vulgarité ? Fort heureusement, Monseigneur Guido trouva à répondre :

"Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres; car celui qui aime les autres a accompli la loi, a dit Saint-Paul."

2

"Vous seriez donc amoureuse, ma petite Mahaut ? Et l'on m'aurait caché cela ?"

Depuis le jour de sa naissance, son père n'avait pas manifesté le moindre intérêt pour elle et il semblait découvrir son existence le jour même de ses épousailles. Dans quelques mois, il aurait une bouche de moins à nourrir. Sans doute était-ce la raison de sa bonne humeur.

"Laissez la donc, Foulques ! La pauvre petite a eu assez d'émotions pour la journée. Pensez ! Elle va bientôt se marier !" ajouta sa mère.

3

"C'est également très généreux de votre part de leur permettre de vivre dans la maison qui se trouve près de votre château. Je suis sûr que Piero et elle en feront un vrai petit nid douillet."

Mahaut se demandait si l'évêque avait des problèmes de vue. Ce qu'il appelait une maison était une vieille grande abandonnée depuis des années. Son père avait eu la bonté de faire réparer le toit par ses paysans avant qu'ils emménagent. Sa mère lui avait autrefois raconté l'histoire de sa naissance : elle était née dans la cuisine de leur château. Elle allait maintenant vivre dans une grange. A quoi bon être née noble si c'était pour partager le destin d'une paysanne ?

"Je pourrais célébrer des messes dans la chapelle de votre château, si la comtesse le désire." dit Piero.

Il allait être ordonné prêtre par son père cette année. Mahaut leva les yeux vers lui. Pourquoi avait-il spécifié que les messes seraient pour sa mère et non pour son père ? Elle avait déjà entendu les paysans parler du comte. On racontait qu'il pactisait avec les korrigans, ou pire, avec le diable. Mais elle n'avait jamais pris de telles allégations au sérieux, jusqu'à cette phrase de Piero. S'il avait lui aussi entendu de telles rumeurs, c'était sûrement que les choses étaient plus graves qu'elle ne le pensait.

4

"Bien sûr, ma chère fille, vous pourrez assister votre mère dans ses prières autant que vous le souhaiterez." ajouta son père, la tirant de ses réflexions.

Tout le monde, jusqu'à la petite Benedacta, la regardait, attendant qu'elle dise quelque chose. Mahaut réalisa soudain qu'elle n'avait pas encore dit un seul mot de la soirée. Elle sourit à son père et lui dit :

"Alors je viendrais prier pour vous."

< Le prince de Gwynedd et la comtesse d'Uzel dansent la carole

Dagena donne un conseil de vie ou de mort >

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